Thumbnail image

Les Gens De La Rivière

Je suis à la traîne sur mon taf, et je suis fatiguée, mais je ne sais pas pourquoi, je suis sereine. Je flotte un peu. Je ne suis pas employée et je devrais travailler dix fois plus pour assurer mes arrières. Je ne le fais pas. Ma vie n’a aucun sens et je ne sais pas où j’en serai d’ici 3 mois. Mes chats me manquent. P. me manque. K. me manque. Mon frère m’inquiète. Et dans le même temps, tout ici me retient.

Souvent, je vais m’asseoir au bord de la rivière, la nuit tombée. C’est le seul moment où je fume une clope. Je regarde l’eau et les hérons dans la nuit éclairée par les lumières de Demachiyanagi. D’autres font pareil. Ils sont seuls, eux aussi. C’est calme. Les gens, comme moi, contemplent l’eau dans la nuit. Je nous appelle “les gens de la rivière”. C’est l’un des rares moments où je me sens à ma place, dans le monde. C’est difficile à expliquer.

Je sais que je n’y croiserai jamais C., car C. ne fait pas partie des gens de la rivière. Nous ne partageons pas ce même besoin presque physiologique d’être au bord du Kamogawa. La rivière aux canards. Je m’en étais déjà rendu compte. J’ai trouvé cela étrange, qu’on ne puisse pas avoir désespérément besoin d’être au bord de cette rivière. Que l’on choisisse de faire le chemin par la route plutôt que par ses rives.

Je ne contacte pas C. L’envie m’a quittée complètement, à présent.

Héron sur le Kamogawa