Même Si J'aime Tous Ces Gens

Même si j’aime tous ces gens, je ne me sens pas comprise, pas “vue”. Et ce n’est pas grave en soi. Mais, évidemment, cela fait que je n’attache pas de grande importance à leur attachement à moi, puisqu’ils aiment quelqu’un d’autre que moi, en réalité, une autre qui n’est pas moi, une sorte de mascotte attachante avec qui l’on s’amuse bien. Donc, dans mes envies et dans mes projets, je ne les prends pas en compte.

Pendant longtemps, ce sentiment de solitude m’a rendue triste. À présent, j’ai compris que c’est irrémédiable, et que ce n’est pas grave tant qu’on s’entoure de gens qui ne vont pas nous maltraiter parce qu’ils ne nous comprennent pas.

C’est toujours surprenant, cependant, quand les gens autour agissent en fausse connaissance de cause. Le sentiment de décalage entre l’interne et l’externe est toujours aussi violent, mais aussi, familier, comme si l’on venait gratter une vieille cicatrice.

Oui, je suis contente de quitter tous ceux que je connais, mais qui ne me connaissent pas. Je ne suis pas entrée dans leur vie pour y rester, mais ils ne le savaient peut-être pas. Quelqu’un me “voyant”, me connaissant, l’aurait su immédiatement. Le monde est bien trop vaste et bien trop riche pour se contenter de son petit précarré, de son petit lopin de terre. Je ne connais personne qui ait autant envie et besoin que moi d’explorer toutes les dimensions à sa portée, à part peut-être Julie, autiste aussi, que je ne vois jamais précisément pour cette raison. Il n’y a nul ressentiment, au contraire. Simplement une grande lassitude et la curiosité de l’ailleurs.